CO129-214 - Public Offices & Others - 1883 — Page 266

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944 16 Mai [CHAMBRE]

Le traité de 1874 avait pour principal objet de donner au gouvernement d'Annam les moyens de maintenir, avec notre concours, l'ordre et la tranquillité dans ses Etats, notamment contre les brigands si connus sous le nom de Pavillons Noirs. Eh bien! messieurs, il est aujourd'hui établi, par les témoignages les plus certains, par l'aveu même des ministres du roi Ta-Duc, que c'est lui-même qui entretient à sa solde les Pavillons-Noirs, que nous étions chargés de l'aider à réprimer.

DEBATS PARLEMENTAIRES

ressources commerciales, les voies de communication, l'esprit des populations, les complications possibles, où toutes les difficultés ont été présentées avec force, où toutes les objections ont été soulevées, ces discussions, il faut le reconnaître, donnent un singulier relief, une valeur bien remarquable, à des volontés si persistantes et si éclairées. (Très bien! très bien!)

Mais, messieurs, il faut reconnaître que si les volontés n'ont pas varié, il n'en a pas été de même de la politique. Là, il a régné une trop grande et une trop longue incertitude.

Le traité de 1874 avait un autre objet, c'était d'établir la parfaite indépendance de l'Annam à l'égard de toute autre puissance. Il est avéré aujourd'hui, il est évident, il est patent que c'est le gouvernement d'Annam lui-même, que c'est le roi Ta-Duc qui a réveillé les prétentions assoupies de la Chine; qui entretient avec elle des manoeuvres, des intelligences dont le but est de faire naître entre elle et nous des démêlés qui n'ont absolument aucune raison d'être.

De là, messieurs, la situation dans laquelle nous nous trouvons, situation que M. Delafosse, aussi bien que M. Georges Perin, ont, avec grande raison, déclarée fausse, pénible, intolérable.

Que sommes-nous au Tonkin? Sommes-nous les amis ou les adversaires du roi d'Annam? Sommes-nous des protecteurs ou bien des barbares avec lesquels on a traité par force et dont il faut se débarrasser à tout prix? Le traité de 1874 subsiste-t-il encore ou bien n'en reste-t-il que des lambeaux sans valeur? Voilà ce que l'on se demande dans tout l'Orient, ce qu'on se demande en Chine, ce qu'on se demande dans le royaume d'Annam. Voilà la question qu'on se pose en Europe où il règne une fâcheuse incertitude sur nos desseins, et où cette incertitude donne lieu à des commentaires, à des interprétations et à des prévisions qui ne sont pas, on est bien forcé d'en convenir, profitables à notre crédit.(Très bien très bien! et vifs applaudissements.)

Aussi, est-il arrivé ce qui devait arriver: c'est qu'au jour, nous avons été obligés, -ça a été le sentiment de la Chambre, lors qu'elle a voté le projet du mois de juillet 1881, ça a été aussi le sentiment du Gouvernement, de prendre enfin des mesures pour que notre intervention au Tonkin devint quelque peu efficace.

Vous savez, messieurs, ce qui est advenu. Le commandant Rivière est allé au Tonkin, à la tête d'une petite force, animé d'intentions pacifiques comme les ordres qu'il avait reçus. jusqu'au moment où, injurié, menacé, outragé dans des placards affichés jusque sur sa demeure, il a été obligé de se saisir par la force de la forteresse d'Hanoi, puis il l'a démantelée et, usant d'un procédé qui n'a jamais réussi avec ces populations, il l'a rendue. De là une nouvelle audace, un surcroît de provocations, d'injures et d'attaques, jusqu'au jour où, menacé de se voir couper les communications qu'il avait avec la mer, il a dû, il y a cinq ou six semaines, s'emparer de la forteresse de Nan-Dinh et repousser une attaque dirigée contre la forteresse de Hanoi. A l'heure qu'il est, nos garnisons maîtresses des points où elles étaient menacées comme de ceux dont elles ont cru devoir se saisir, sont en parfaite sûreté.

Messieurs, le gouvernement d'Annam, malgré le traité de 1874, malgré des protestations dont il s'est toujours montré prodigue, malgré sa faiblesse militaire, est parvenu — et c'est pour lui un honneur auquel il ne s'attendait pas — à nous tenir en échec.

L'amour propre blessé, qui est un ressort d'une singulière puissance chez ces peuples, ne l'oublions pas, la haine du barbare et le barbare c'est nous, ce sont tous les Européens, - le regret de voir échapper à sa puissance une population qu'on est accoutumé à pressurer, ce sont là, messieurs, des sentiments auxquels nous devions nous attendre; mais ces sentiments, quelque naturels qu'ils soient chez les Annamites, fort capables de manoeuvres hostiles, moins capables d'une action guerrière, ne suffisent pas à expliquer notre situation actuelle.

Cette situation, messieurs, s'explique par une autre cause: c'est que par suite des égards que le gouvernement français a cru devoir avoir pour un Etat faible, par suite de l'espérance qu'il a nourrie de le ramener, à force de patience, à l'exécution de ses engagements, par l'illusion qu'il a eue de croire qu'une politique de ménagements était de quelque action sur ces peuples, notre politique, il faut l'avouer, a manqué de décision et d'énergie. (Très bien! très bien!)

Je dis, messieurs, notre politique, je ne dis pas la volonté du Parlement; car je vous prie de repasser dans vos souvenirs les différentes discussions qui ont eu lieu, soit ici et au Sénat, soit à l'Assemblée nationale à propos du Tonkin, et vous verrez que les Chambres n'ont jamais varié qu'elles ont montré dans cette question une volonté suivie, permanente. Et ces discussions, si brillantes, et dans lesquelles tout le monde reconnaîtra que M. Georges Perin a pris une part importante, ces discussions dans lesquelles tous les points de vue ont été examinés, le climat, les ressources commerciales, les voies de communication, l'esprit des populations, les complications possibles, où toutes les difficultés ont été présentées avec force, où toutes les objections ont été soulevées, ces discussions, il faut le reconnaître, donnent un singulier relief, une valeur bien remarquable, à des volontés si persistantes et si éclairées.

Cette population docile et laborieuse, mais incapable de gouvernement, supporte, tout le monde le sait, avec peine le joug annamite: elle n'a pas perdu le souvenir d'une indépendance qui n'a succombé qu'au commencement de ce siècle, ni d'une dynastie dont M. Delafosse nous invitons, tout à l'heure, à rechercher et dont il ne serait peut-être pas impossible en effet de trouver encore quelque représentant. Des insurrections fréquentes, continuelles, dont la dernière ne remonte pas plus loin que 1872, témoignent de l'antipathie profonde de ces populations pour les Annamites. Tout cela suffirait à expliquer comment nous y avons été, presque dès la première heure, accueillis comme des libérateurs, quand même on ne saurait pas que cette population est accablée par les exactions des mandarins, aussi bien que par les coups de main des brigands.

Année 1883

partie de la population, des 400,000 chrétiens, 800,000, selon d'autres évaluations...

M. Paul Bert. 460,000, chiffre officiel de l'Univers.

M. le ministre. ...qui n'ont peut-être pas été pour nous des auxiliaires aussi dévoués et aussi actifs qu'on l'a dit, mais, qu'en tous cas, la situation particulière qui leur est faite, l'interdit cruel dont ils sont frappés par les non-convertis, prédisposent à nous considérer comme des protecteurs. Voilà, messieurs, l'appui solide, presque indestructible que, si nous le voulions bien, nous trouverions au Tonkin.

Mais, messieurs, cet appui contribue à rendre notre situation plus fausse, car ces 10 millions d'hommes qui sollicitent notre action, notre protection, se demandent sans le comprendre, comment nous supportons les manoeuvres occultes, les attaques déguisées et quelquefois ouvertes des Annamites. Il est clair que cette situation ne saurait durer. Il faut absolument y mettre un terme.

DÉBATS PARLEMENTAIRES

262

46 Mai

CHAMBRE 945

Année 1889

Tonkin, notre autorité n'aurait peut-être jamais été contestée dans la Cochinchine, mais nous pouvons élever contre la conduite du gouvernement d'Annam, malgré les violations, on peut le dire, presque innombrables du traité de 1874, malgré les circonstances qui ont décidé notre envoyé auprès de Ta-Duc à se retirer, nous avons voulu, nous croyons tenter une dernière démarche auprès de lui, et nous avons choisi pour cela un homme qui nous était désigné par sa connaissance approfondie du Tonkin, par le long séjour qu'il y a fait, par les qualités personnelles que nul ne lui conteste; nous n'avons vu, nous n'avons voulu voir que son intelligence, ses lumières, sa fermeté, son sang-froid.

M. Georges Perin. Votre présence à Haï-Phong serait une marque de votre force.

M. le ministre, Insuffisante!

M. Georges Perin. Très suffisante.

M. le ministre. Je ne doute en aucune façon que nous ne gardassions la Cochinchine; Par la retraite? Non, messieurs, personne, pas même M. Georges Perin, n'arrive à cette extrémité. Tout le monde sent que, en l'on peut varier sur les autres solutions, il y en a une qu'il faut absolument exclure; il faut l'écarter parce que ni l'intérêt, ni l'honneur, ni même la plus simple prudence ne nous permettent de nous y arrêter. (Très bien! très bien!)

Je voudrais maintenant, en aussi peu de mots que possible, répondre à la question que m'a posée l'honorable M. Georges Perin et définir la portée et la signification du projet soumis à la Chambre.

L'intérêt frappe tous les yeux et il est évident que si nous nous retirions du Tonkin, il y a, n'en doutez pas, des héritiers tout prêts... (Très bien! C'est cela! Applaudissements à gauche et au centre) qui épient le moment où, par je ne sais quel faux calcul, vous abandonneriez la situation que vous avez prise, (Très bien! très bien!)

Je n'hésite pas, messieurs, à répéter, malgré les doutes exprimés par M. Georges Perin, que s'il s'agit bien en effet d'une expédition, il faut bien le reconnaître, il ne saurait être question d'une conquête, non! et par une raison bien simple que M. Georges Perin appréciera : — c'est qu'il n'y a rien à conquérir chez un peuple où tout le monde nous est ami, où nous n'avons d'adversaires que des fonctionnaires étrangers -car les mandarins annamites sont au Tonkin des fonctionnaires étrangers et leurs singuliers auxiliaires, les Pavillons noirs.

Nous n'avons rien à conquérir dans un pays où nous n'avons pas l'intention de nous annexer.

Nous n'entreprenons même pas, l'entreprise serait considérable, de faire la police sur toute l'étendue de Tonkin, sur les 86.000 kilomètres carrés dont vous parlait M. Georges Perin...

Et, messieurs, quand même l'intérêt, l'honneur, ne vous commanderaient pas de rester au Tonkin, la plus simple prudence vous en ferait un devoir.

Il n'y a aucun lien entre la Cochinchine et le Tonkin? M. Georges Perin ne le croit pas et l'autorité de M. l'amiral Jaureguiberry ne parviendrait pas à l'en convaincre.

M. Georges Perin. Alors, vous n'exécuterez pas le traité de 1874?

M. le ministre. Nous l'exécuterons, soyez-en sûr, parce que nous avons l'espérance et croyance fondée qu'il y a d'autres moyens, et de plus sûrs qu'une police faite dans les conditions où nous sommes placés actuellement, d'avoir raison du brigandage et de la piraterie. Nous sommes assurés que le brigandage et la piraterie diminueront promptement, au moment où l'on et l'autre ne seront plus favorisés et soldés par l'autorité elle-même. (Très bien! très bien!)

Nous avons même la pensée, et nous avons quelque raison de le dire, qu'une partie de ces brigands pourraient bien devenir quelque jour les auxiliaires et les instruments de notre police (Mouvements divers), et que cette transformation, qui s'est faite dans des pays plus avancés que le Tonkin, pourrait s'effectuer à peu de frais.

Le protectorat n'est pas un fait nouveau; il est à peu près aussi ancien que l'histoire. Eh bien, il serait peut-être difficile de citer un grand cas où il ait eu ce caractère volontaire que M. Delafosse dit être de son essence.

La mission, messieurs, est difficile; car, vous le voyez, nos relations avec la cour de Hué ne sont pas bonnes. La cour de Hué est, on peut le dire, à notre égard, non pas sur un pied de guerre, mais sur un pied d'hostilité. Elle a été l'ouvrière de toutes les manoeuvres contre lesquelles nous avons eu à nous prémunir; c'est elle qui a réveillé les prétentions endormies de la Chine; et cependant nous avons cru qu'il était digne de nous, qu'il était conforme non seulement aux convenances, mais à la justice, avant de prendre en mains et par une manière qui doit être cette fois efficace, de régler sa politique intérieure de manière à éviter les complications. C'est là, messieurs, le vrai signe du protectorat, c'est par là qu'il se reconnaît, c'est par là que les auteurs, s'il faut parler des auteurs, le caractérisent, le définissent. Eh bien, ce caractère, je le trouve précisément dans l'article 3 du traité de 1874.

Les droits inhérents au protectorat, indispensables pour maintenir l'ordre, pour prévenir les complications, pour exercer une tutelle effective, ces droits ne résultent donc pas, par voie de conséquence, du traité de 1874; ils y sont inscrits de la manière la plus explicite. Seulement, je dois bien reconnaître que la conduite du gouvernement de Hué a été telle, ses violations du traité de 1874 ont été si répétées et si continues que ce traité, si clair qu'il soit, ne l'est pas encore assez...

Un membre à gauche. Il faut le refaire!

M. le ministre. ...et il est certain - je vous le disais tout à l'heure que, si nous avions, en temps opportun, rappelé dès les premières violations le gouvernement d'Annam à l'accomplissement de ses engagements, c'est-à-dire au sentiment de sa faiblesse; si nous lui avions fait comprendre, d'une manière irréfragable, qu'un traité conclu avec la France ne pouvait pas rester lettre morte, nous aurions ainsi prévenu bien des difficultés.

Nous ne l'avons pas fait. Aussi nous sommes-nous trouvés dans la nécessité — il y a déjà assez longtemps, il y a plusieurs années -de demander un complément au traité de 1874; seulement, lorsque le Gouvernement s'est décidé à cette démarche, il était déjà trop tard; notre voix n'était plus écoutée à Hué; on y avait pris le parti de ne plus entendre à rien. On avait conçu l'espérance -malheureuse- assez fondée de nous fatiguer par des difficultés de toute espèce et de nous amener, de guerre lasse, à une retraite définitive.

Aussi, lorsque M. Reinhardt, notre envoyé à Hué, s'est présenté, porteur d'une convention complémentaire, on ne peut pas dire qu'il a montré son ordre et n'a rien obtenu, car il n'a pas eu à le montrer, il a été tenu à distance par les ministres, notamment par le ministre des finances de Ta-Duc, notre ennemi de tous les temps, et il n'est point parvenu à voir le souverain.

Vous savez, messieurs, ce qui est arrivé, il y a quelques semaines, lors des derniers incidents militaires du Tonkin. M. Reinhardt, impuissant depuis longtemps, menacé, exposé tous les jours à quelque injure qui eût grande importance...

Messieurs, je ne sais pas si nous avons grande chance d'être cette fois mieux écoutés que nous ne l'avons été jusqu'à présent; peut-être cette démarche ne sera-t-elle pas mieux accueillie à Hué, que les précédentes, moins toutefois que l'échec du coup de main tenté sur la forteresse d'Hanoi, que la prise de Nam-Dinh, que la résolution à laquelle nous nous sommes arrêtés et que, j'espère, vous voudrez bien ratifier; à moins, dis-je, que cette attitude ne produise quelque impression sur l'esprit de Ta-Duc, et cela n'est pas impossible. Nous n'avons pas voulu, en tous cas, appuyer cette démarche par une force militaire; nous ne l'avons pas voulu, messieurs, parce qu'une action accomplie à Hué n'a qu'un très faible effet sur le Tonkin, où les mandarins annamites agissent à leur guise et souvent sans consulter leur souverain, tandis que toute action au Tonkin a son contre-coup et son retentissement immédiat à Hué. Nous ne l'avons pas voulu parce que, s'il fallait exercer quelque pression sur le gouvernement de Hué, nous avons, après tout, des moyens plus simples et plus sûrs de la faire sentir, étant en possession du Tonkin, c'est-à-dire du grenier de l'Annam. (Très bien! très bien!)

Nous ne l'avons pas voulu enfin, pour ne pas fournir prétexte à une accusation que nous repoussons; celle de vouloir porter atteinte à l'indépendance de l'Annam. (Rumeurs sur divers bancs.) Je dis l'indépendance, messieurs, parce que, si le protectorat, réduit dans quelque mesure la souveraineté, il réserve l'indépendance. Les preuves en seraient nombreuses; je vous prie de vous rappeler seulement l'article 2 du traité de 1815, qui plaçait les îles Ioniennes sous la protection immédiate du roi de la Grande-Bretagne. Cet article dit en termes formels: Les sept îles forment un Etat libre et indépendant. »

Un membre à droite, Comme aujourd'hui la Tunisie!

Messieurs, ce que nous voulons, ce que nous proposons, c'est d'affermir, de manière à la rendre incontestable et efficace, notre protectorat dans l'Annam, et tout particulièrement au Tonkin. Nous croyons qu'il suffira pour cela que nous en ayons la volonté, et que nous la manifestions de telle façon qu'il soit évident pour tout le monde que notre présence au Tonkin, au lieu d'être momentanée, que notre action, au lieu d'être intermittente et passagère, revêtent un caractère permanent et définitif.

C'est là qu'il importe de rassurer nos amis et de prévenir les craintes de nos adversaires. Nous avons déjà donné des preuves de notre modération; nous en donnerons encore. Les populations du Tonkin, qui ont sollicité notre protection, savent que nous ne sommes pas des conquérants; elles savent que nous sommes des protecteurs. Elles s'abstiendront de toute velléité de résistance; ils s'en sont déjà abstenus parce qu'ils nous savent forts. Tout cela, messieurs, sans parler d'une autre vérité, s'il n'y avait jamais mis le pied pour cela que nous en ayons la volonté, et que nous la manifestions de telle façon qu'il soit évident pour tout le monde que notre présence au Tonkin, au lieu d'être momentanée, que notre action, au lieu d'être intermittente et passagère, revêtent un caractère permanent et définitif.

M. le ministre. Messieurs, quel que soit d'ailleurs le succès de notre démarche à Hué...

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944 16 Mai [CHAMBRE] Le traité de 1874 avait pour principal objet de donner au gouvernement d'Annam les moyens de maintenir, avec notre concours, l'ordre et la tranquillité dans ses Etats, notamment contre les brigands si connus sous le nom de Pavillons Noirs. Eh bien! messieurs, il est aujourd'hui établi, par les témoignages les plus certains, par l'aveu même des ministres du roi Ta-Duc, que c'est lui-même qui entretient à sa solde les Pavillons-Noirs, que nous étions chargés de l'aider à réprimer. DEBATS PARLEMENTAIRES ressources commerciales, les voies de communication, l'esprit des populations, les complications possibles, toutes les difficultés ont été présentées avec force, toutes les objections ont été soulevées, ces discussions, il faut le reconnaître, donnent un singulier relief, une valeur bien remarquable, à des volontés si persistantes et si éclairées. (Très bien! très bien!) Mais, messieurs, il faut reconnaître que si les volontés n'ont pas varié, il n'en a pas été de même de la politique. Là, il a régné une trop grande et une trop longue incertitude. Le traité de 1874 avait un autre objet, c'était d'établir la parfaite indépendance de l'Annam à l'égard de toute autre puissance. Il est avéré aujourd'hui, il est évident, il est patent que c'est le gouvernement d'Annam lui-même, que c'est le roi Ta-Duc qui a réveillé les prétentions assoupies de la Chine; qui entretient avec elle des manoeuvres, des intelligences dont le but est de faire naître entre elle et nous des démêlés qui n'ont absolument aucune raison d'être. De là, messieurs, la situation dans laquelle nous nous trouvons, situation que M. Delafosse, aussi bien que M. Georges Perin, ont, avec grande raison, déclarée fausse, pénible, intolérable. Que sommes-nous au Tonkin? Sommes-nous les amis ou les adversaires du roi d'Annam? Sommes-nous des protecteurs ou bien des barbares avec lesquels on a traité par force et dont il faut se débarrasser à tout prix? Le traité de 1874 subsiste-t-il encore ou bien n'en reste-t-il que des lambeaux sans valeur? Voilà ce que l'on se demande dans tout l'Orient, ce qu'on se demande en Chine, ce qu'on se demande dans le royaume d'Annam. Voilà la question qu'on se pose en Europe il règne une fâcheuse incertitude sur nos desseins, et cette incertitude donne lieu à des commentaires, à des interprétations et à des prévisions qui ne sont pas, on est bien forcé d'en convenir, profitables à notre crédit.(Très bien très bien! et vifs applaudissements.) Aussi, est-il arrivé ce qui devait arriver: c'est qu'au jour, nous avons été obligés, -ça a été le sentiment de la Chambre, lors qu'elle a voté le projet du mois de juillet 1881, ça a été aussi le sentiment du Gouvernement, de prendre enfin des mesures pour que notre intervention au Tonkin devint quelque peu efficace. Vous savez, messieurs, ce qui est advenu. Le commandant Rivière est allé au Tonkin, à la tête d'une petite force, animé d'intentions pacifiques comme les ordres qu'il avait reçus. jusqu'au moment où, injurié, menacé, outragé dans des placards affichés jusque sur sa demeure, il a été obligé de se saisir par la force de la forteresse d'Hanoi, puis il l'a démantelée et, usant d'un procédé qui n'a jamais réussi avec ces populations, il l'a rendue. De une nouvelle audace, un surcroît de provocations, d'injures et d'attaques, jusqu'au jour où, menacé de se voir couper les communications qu'il avait avec la mer, il a dû, il y a cinq ou six semaines, s'emparer de la forteresse de Nan-Dinh et repousser une attaque dirigée contre la forteresse de Hanoi. A l'heure qu'il est, nos garnisons maîtresses des points elles étaient menacées comme de ceux dont elles ont cru devoir se saisir, sont en parfaite sûreté. Messieurs, le gouvernement d'Annam, malgré le traité de 1874, malgré des protestations dont il s'est toujours montré prodigue, malgré sa faiblesse militaire, est parvenu et c'est pour lui un honneur auquel il ne s'attendait pas à nous tenir en échec. L'amour propre blessé, qui est un ressort d'une singulière puissance chez ces peuples, ne l'oublions pas, la haine du barbare et le barbare c'est nous, ce sont tous les Européens, - le regret de voir échapper à sa puissance une population qu'on est accoutumé à pressurer, ce sont là, messieurs, des sentiments auxquels nous devions nous attendre; mais ces sentiments, quelque naturels qu'ils soient chez les Annamites, fort capables de manoeuvres hostiles, moins capables d'une action guerrière, ne suffisent pas à expliquer notre situation actuelle. Cette situation, messieurs, s'explique par une autre cause: c'est que par suite des égards que le gouvernement français a cru devoir avoir pour un Etat faible, par suite de l'espérance qu'il a nourrie de le ramener, à force de patience, à l'exécution de ses engagements, par l'illusion qu'il a eue de croire qu'une politique de ménagements était de quelque action sur ces peuples, notre politique, il faut l'avouer, a manqué de décision et d'énergie. (Très bien! très bien!) Je dis, messieurs, notre politique, je ne dis pas la volonté du Parlement; car je vous prie de repasser dans vos souvenirs les différentes discussions qui ont eu lieu, soit ici et au Sénat, soit à l'Assemblée nationale à propos du Tonkin, et vous verrez que les Chambres n'ont jamais varié qu'elles ont montré dans cette question une volonté suivie, permanente. Et ces discussions, si brillantes, et dans lesquelles tout le monde reconnaîtra que M. Georges Perin a pris une part importante, ces discussions dans lesquelles tous les points de vue ont été examinés, le climat, les ressources commerciales, les voies de communication, l'esprit des populations, les complications possibles, toutes les difficultés ont été présentées avec force, toutes les objections ont été soulevées, ces discussions, il faut le reconnaître, donnent un singulier relief, une valeur bien remarquable, à des volontés si persistantes et si éclairées. Cette population docile et laborieuse, mais incapable de gouvernement, supporte, tout le monde le sait, avec peine le joug annamite: elle n'a pas perdu le souvenir d'une indépendance qui n'a succombé qu'au commencement de ce siècle, ni d'une dynastie dont M. Delafosse nous invitons, tout à l'heure, à rechercher et dont il ne serait peut-être pas impossible en effet de trouver encore quelque représentant. Des insurrections fréquentes, continuelles, dont la dernière ne remonte pas plus loin que 1872, témoignent de l'antipathie profonde de ces populations pour les Annamites. Tout cela suffirait à expliquer comment nous y avons été, presque dès la première heure, accueillis comme des libérateurs, quand même on ne saurait pas que cette population est accablée par les exactions des mandarins, aussi bien que par les coups de main des brigands. Année 1883 partie de la population, des 400,000 chrétiens, 800,000, selon d'autres évaluations... M. Paul Bert. 460,000, chiffre officiel de l'Univers. M. le ministre. ...qui n'ont peut-être pas été pour nous des auxiliaires aussi dévoués et aussi actifs qu'on l'a dit, mais, qu'en tous cas, la situation particulière qui leur est faite, l'interdit cruel dont ils sont frappés par les non-convertis, prédisposent à nous considérer comme des protecteurs. Voilà, messieurs, l'appui solide, presque indestructible que, si nous le voulions bien, nous trouverions au Tonkin. Mais, messieurs, cet appui contribue à rendre notre situation plus fausse, car ces 10 millions d'hommes qui sollicitent notre action, notre protection, se demandent sans le comprendre, comment nous supportons les manoeuvres occultes, les attaques déguisées et quelquefois ouvertes des Annamites. Il est clair que cette situation ne saurait durer. Il faut absolument y mettre un terme. DÉBATS PARLEMENTAIRES 262 46 Mai CHAMBRE 945 Année 1889 Tonkin, notre autorité n'aurait peut-être jamais été contestée dans la Cochinchine, mais nous pouvons élever contre la conduite du gouvernement d'Annam, malgré les violations, on peut le dire, presque innombrables du traité de 1874, malgré les circonstances qui ont décidé notre envoyé auprès de Ta-Duc à se retirer, nous avons voulu, nous croyons tenter une dernière démarche auprès de lui, et nous avons choisi pour cela un homme qui nous était désigné par sa connaissance approfondie du Tonkin, par le long séjour qu'il y a fait, par les qualités personnelles que nul ne lui conteste; nous n'avons vu, nous n'avons voulu voir que son intelligence, ses lumières, sa fermeté, son sang-froid. M. Georges Perin. Votre présence à Haï-Phong serait une marque de votre force. M. le ministre, Insuffisante! M. Georges Perin. Très suffisante. M. le ministre. Je ne doute en aucune façon que nous ne gardassions la Cochinchine; Par la retraite? Non, messieurs, personne, pas même M. Georges Perin, n'arrive à cette extrémité. Tout le monde sent que, en l'on peut varier sur les autres solutions, il y en a une qu'il faut absolument exclure; il faut l'écarter parce que ni l'intérêt, ni l'honneur, ni même la plus simple prudence ne nous permettent de nous y arrêter. (Très bien! très bien!) Je voudrais maintenant, en aussi peu de mots que possible, répondre à la question que m'a posée l'honorable M. Georges Perin et définir la portée et la signification du projet soumis à la Chambre. L'intérêt frappe tous les yeux et il est évident que si nous nous retirions du Tonkin, il y a, n'en doutez pas, des héritiers tout prêts... (Très bien! C'est cela! Applaudissements à gauche et au centre) qui épient le moment où, par je ne sais quel faux calcul, vous abandonneriez la situation que vous avez prise, (Très bien! très bien!) Je n'hésite pas, messieurs, à répéter, malgré les doutes exprimés par M. Georges Perin, que s'il s'agit bien en effet d'une expédition, il faut bien le reconnaître, il ne saurait être question d'une conquête, non! et par une raison bien simple que M. Georges Perin appréciera : c'est qu'il n'y a rien à conquérir chez un peuple tout le monde nous est ami, nous n'avons d'adversaires que des fonctionnaires étrangers -car les mandarins annamites sont au Tonkin des fonctionnaires étrangers et leurs singuliers auxiliaires, les Pavillons noirs. Nous n'avons rien à conquérir dans un pays nous n'avons pas l'intention de nous annexer. Nous n'entreprenons même pas, l'entreprise serait considérable, de faire la police sur toute l'étendue de Tonkin, sur les 86.000 kilomètres carrés dont vous parlait M. Georges Perin... Et, messieurs, quand même l'intérêt, l'honneur, ne vous commanderaient pas de rester au Tonkin, la plus simple prudence vous en ferait un devoir. Il n'y a aucun lien entre la Cochinchine et le Tonkin? M. Georges Perin ne le croit pas et l'autorité de M. l'amiral Jaureguiberry ne parviendrait pas à l'en convaincre. M. Georges Perin. Alors, vous n'exécuterez pas le traité de 1874? M. le ministre. Nous l'exécuterons, soyez-en sûr, parce que nous avons l'espérance et croyance fondée qu'il y a d'autres moyens, et de plus sûrs qu'une police faite dans les conditions nous sommes placés actuellement, d'avoir raison du brigandage et de la piraterie. Nous sommes assurés que le brigandage et la piraterie diminueront promptement, au moment l'on et l'autre ne seront plus favorisés et soldés par l'autorité elle-même. (Très bien! très bien!) Nous avons même la pensée, et nous avons quelque raison de le dire, qu'une partie de ces brigands pourraient bien devenir quelque jour les auxiliaires et les instruments de notre police (Mouvements divers), et que cette transformation, qui s'est faite dans des pays plus avancés que le Tonkin, pourrait s'effectuer à peu de frais. Le protectorat n'est pas un fait nouveau; il est à peu près aussi ancien que l'histoire. Eh bien, il serait peut-être difficile de citer un grand cas il ait eu ce caractère volontaire que M. Delafosse dit être de son essence. La mission, messieurs, est difficile; car, vous le voyez, nos relations avec la cour de Hué ne sont pas bonnes. La cour de Hué est, on peut le dire, à notre égard, non pas sur un pied de guerre, mais sur un pied d'hostilité. Elle a été l'ouvrière de toutes les manoeuvres contre lesquelles nous avons eu à nous prémunir; c'est elle qui a réveillé les prétentions endormies de la Chine; et cependant nous avons cru qu'il était digne de nous, qu'il était conforme non seulement aux convenances, mais à la justice, avant de prendre en mains et par une manière qui doit être cette fois efficace, de régler sa politique intérieure de manière à éviter les complications. C'est là, messieurs, le vrai signe du protectorat, c'est par qu'il se reconnaît, c'est par que les auteurs, s'il faut parler des auteurs, le caractérisent, le définissent. Eh bien, ce caractère, je le trouve précisément dans l'article 3 du traité de 1874. Les droits inhérents au protectorat, indispensables pour maintenir l'ordre, pour prévenir les complications, pour exercer une tutelle effective, ces droits ne résultent donc pas, par voie de conséquence, du traité de 1874; ils y sont inscrits de la manière la plus explicite. Seulement, je dois bien reconnaître que la conduite du gouvernement de Hué a été telle, ses violations du traité de 1874 ont été si répétées et si continues que ce traité, si clair qu'il soit, ne l'est pas encore assez... Un membre à gauche. Il faut le refaire! M. le ministre. ...et il est certain - je vous le disais tout à l'heure que, si nous avions, en temps opportun, rappelé dès les premières violations le gouvernement d'Annam à l'accomplissement de ses engagements, c'est-à-dire au sentiment de sa faiblesse; si nous lui avions fait comprendre, d'une manière irréfragable, qu'un traité conclu avec la France ne pouvait pas rester lettre morte, nous aurions ainsi prévenu bien des difficultés. Nous ne l'avons pas fait. Aussi nous sommes-nous trouvés dans la nécessité il y a déjà assez longtemps, il y a plusieurs années -de demander un complément au traité de 1874; seulement, lorsque le Gouvernement s'est décidé à cette démarche, il était déjà trop tard; notre voix n'était plus écoutée à Hué; on y avait pris le parti de ne plus entendre à rien. On avait conçu l'espérance -malheureuse- assez fondée de nous fatiguer par des difficultés de toute espèce et de nous amener, de guerre lasse, à une retraite définitive. Aussi, lorsque M. Reinhardt, notre envoyé à Hué, s'est présenté, porteur d'une convention complémentaire, on ne peut pas dire qu'il a montré son ordre et n'a rien obtenu, car il n'a pas eu à le montrer, il a été tenu à distance par les ministres, notamment par le ministre des finances de Ta-Duc, notre ennemi de tous les temps, et il n'est point parvenu à voir le souverain. Vous savez, messieurs, ce qui est arrivé, il y a quelques semaines, lors des derniers incidents militaires du Tonkin. M. Reinhardt, impuissant depuis longtemps, menacé, exposé tous les jours à quelque injure qui eût grande importance... Messieurs, je ne sais pas si nous avons grande chance d'être cette fois mieux écoutés que nous ne l'avons été jusqu'à présent; peut-être cette démarche ne sera-t-elle pas mieux accueillie à Hué, que les précédentes, moins toutefois que l'échec du coup de main tenté sur la forteresse d'Hanoi, que la prise de Nam-Dinh, que la résolution à laquelle nous nous sommes arrêtés et que, j'espère, vous voudrez bien ratifier; à moins, dis-je, que cette attitude ne produise quelque impression sur l'esprit de Ta-Duc, et cela n'est pas impossible. Nous n'avons pas voulu, en tous cas, appuyer cette démarche par une force militaire; nous ne l'avons pas voulu, messieurs, parce qu'une action accomplie à Hué n'a qu'un très faible effet sur le Tonkin, les mandarins annamites agissent à leur guise et souvent sans consulter leur souverain, tandis que toute action au Tonkin a son contre-coup et son retentissement immédiat à Hué. Nous ne l'avons pas voulu parce que, s'il fallait exercer quelque pression sur le gouvernement de Hué, nous avons, après tout, des moyens plus simples et plus sûrs de la faire sentir, étant en possession du Tonkin, c'est-à-dire du grenier de l'Annam. (Très bien! très bien!) Nous ne l'avons pas voulu enfin, pour ne pas fournir prétexte à une accusation que nous repoussons; celle de vouloir porter atteinte à l'indépendance de l'Annam. (Rumeurs sur divers bancs.) Je dis l'indépendance, messieurs, parce que, si le protectorat, réduit dans quelque mesure la souveraineté, il réserve l'indépendance. Les preuves en seraient nombreuses; je vous prie de vous rappeler seulement l'article 2 du traité de 1815, qui plaçait les îles Ioniennes sous la protection immédiate du roi de la Grande-Bretagne. Cet article dit en termes formels: Les sept îles forment un Etat libre et indépendant. » Un membre à droite, Comme aujourd'hui la Tunisie! Messieurs, ce que nous voulons, ce que nous proposons, c'est d'affermir, de manière à la rendre incontestable et efficace, notre protectorat dans l'Annam, et tout particulièrement au Tonkin. Nous croyons qu'il suffira pour cela que nous en ayons la volonté, et que nous la manifestions de telle façon qu'il soit évident pour tout le monde que notre présence au Tonkin, au lieu d'être momentanée, que notre action, au lieu d'être intermittente et passagère, revêtent un caractère permanent et définitif. C'est qu'il importe de rassurer nos amis et de prévenir les craintes de nos adversaires. Nous avons déjà donné des preuves de notre modération; nous en donnerons encore. Les populations du Tonkin, qui ont sollicité notre protection, savent que nous ne sommes pas des conquérants; elles savent que nous sommes des protecteurs. Elles s'abstiendront de toute velléité de résistance; ils s'en sont déjà abstenus parce qu'ils nous savent forts. Tout cela, messieurs, sans parler d'une autre vérité, s'il n'y avait jamais mis le pied pour cela que nous en ayons la volonté, et que nous la manifestions de telle façon qu'il soit évident pour tout le monde que notre présence au Tonkin, au lieu d'être momentanée, que notre action, au lieu d'être intermittente et passagère, revêtent un caractère permanent et définitif. M. le ministre. Messieurs, quel que soit d'ailleurs le succès de notre démarche à Hué...
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944 16 Mai [CHAMBRE] Le traité de 1874 avait pour principal objet de donner au gouvernement d'Annam les moyens de maintenir, avec notre concours, l'ordre et la tranquillité dans ses Etats, notamment contre les brigands si connus sous le nom de Pavillons Noirs. Eh bien! messieurs, il est au- jourd'hui établi, par les témoignages les plus certains, par l'aveu même des ministres du roi Ta-Duc, que c'est lui-même qui entretient à sa solde les Pavillons-Noirs, que nous étions chargés de l'aider à réprimer. Į DEBATS PARLEMENTAIRES ressources commerciales, les voies de commu- nication, l'esprit des populations, les compli cations possibles, toutes les difficultés ont été présentées avec force, toutes les objec tions ont été soulevées, ces discussions, il faut le reconnaître, donnent un singulier re- lief, une valeur bien remarquable, à des vo- lontés si persistantes et si éclairées. (Très bien! très bien !) Mais, messieurs, il faut reconnaître que si les volontés n'ont pas varið, il n'en a pas été de même de la politique. Là, il a régné une | trop grande et une trop longue incertitude. Le traité de 1874 avait un autre objat, c'é- tait d'établir la parfaite indépendance de l'An- nam à l'égard de toute autre puissance. Il est Nous avons commencé par quitter le Ton avéré aujourd'hui, il est evident, il est patentkin, sans raison, et cette retraite inexplicable, que c'est le gouvernement d'Annam lui-même, suivie d'événements déplorables, a laissé dans que c'est le roi Ta Dae qui a réveillé les pré- tous les esprits, chez ceux qui nous étaient hos- tentions assoupies de la Chine; qui entretient tiles comme chez ceux qui nous étaient favora- avec elle des manoeuvres, des intelligences bles, une traca durable. Nous avons montré une dont le but est de faire naître entre elle et patience inépuisable en face de toutes les viola nous des démêlés qui n'ont absolument aucune tions du traité de 1874, de l'oubli le plus for- raison d'être. mel des engagements, et cette patience, cette De là, messieurs, la situation dans laquelle longanimité ont en l'effet qu'elles devalent nous nous trouvons, sitration que M. Dela-avoir, elles ont encouragé le gouvernement fosse, aussi bien que M. Georges Perin, ont, d'Annam. avec grande raison, déclarée fausse, pénible, intolérable. Que sommes-nous au Tonkin? Sommes- nous les amis ou les adversaires du roi d'An- nam? Semmes-nous des protecteurs ou bien des barbares avec lesquels on a traité par force et dont il faut se débarrasser à tout prix? Le traité de 1874 subsiste-t-il encore on bien n'en reste-t-il que des lambeaux sans valeur ? Voilà ce que l'on se demande dans tout l'Orient, ce qu'on se demande en Chine, ce qu'on se demande dans le royaume d'Annam. Voilà la question qu'on se pose en Europe il règne une fâcheuse incertitude sur nos desseins, el cette incertitude donne lieu à des com- mentaires, à des interprétations et à des pré- visions qui ne sont pas, on est bien forcé d'en convenir, profitables à notre crédit.(Très bien très bien ! et vifs applaudissements.) Aussi, est-il arrivé ce qui devait arriver: c'est qu'au joor, nous avons été obligès, -ça a été le sentiment de la Chambre, fors- qu'elle a voté le projet du mois de juillet 1881, ça a été aussi le sentiment du Gouvernement, de prendre enfin des mesures pour que notre intervention au Tonkin devint quelque peu efficace. Vous savez, messieurs, ce qui est advenu. Le commandant Rivière est allé au Tonkin, à la tête d'une petite force, animé d'intentions pacifiques comme les ordres qu'il avait reçus. jusqu'au moment où, injurié, nenacé, outragé dans des placards affichés jusque sur sa de- meure, il a été obligă de se saisir par la force de la forteresse d'Hanoi, puis il l'a démantelée et, usant d'an procédé qui n'a jamais réussi avec ces populations, il l'a rendue. De une nouvelle audace, un surcroît de provocations, d'injures et d'attaques, jusqu'au jour où, me- nacé de se voir couper les communications qu'il avait avec la mér, îl a dû, il y a cinq ou six semaines, s'emparer de la forteresse de Nan-Dinh et repousser une attaque dirigée contre la forteresse de Hanoi. A l'heure qu'i est, nos garnisons maitresses des points elles étaient menacées comme de caux dont elles ont cru devoir se saisir, sont en par- faite sûreté. Messieurs, le gouvernement d'Annam, mal- gré le traité de 1874, malgré des protestations dont il s'est toujours montré prodigne, mal- gré sa faiblesse militaire, est parvenu et c'est pour lui un honneur auquel il ne s'at- tendait pas à nous tenir en échec. L'amour propre blessé, qui est un ressort d'une singulière puissance chez ces peuples, ne l'oublions pas, la haine du barbare et le barbare c'est nous, ce sont tous les Européens, - le regret de voir échapper à sa puissance Mais il est clair qu'une pareille situation ne une population qu'on est accoutumé à pressurer, ce sont là, messieurs, des sentiments auxquels peut durer, surtout si vous considérez que, fausse nous devious nous attendre; mais ces senti- à l'égard de l'Annam, elle est plus fausse en- ments, quelque naturels qu'ils soient chez core, s'il est possible, à l'égard de la popula- tion da Tonkin. Cette population nous a ac- les Annamites, fort capables de maneuvres hostiles, moins capables d'une action guer- cueillis, il y a neufans, avec une confiance dont rière, ne suffisent pas à expliquer notre sitaa-elle a été cruellement punie, que les événements qui se sont succédé, que l'inconsistance visible tion actuelle. de notre politique auraient ébranler et qui subsiste toujours. (Très bien ! très bien !) | Cette situation, messieurs, s'explique par une autre cause: c'est que par suite des égards que le gouvernement français a cra devour Cette population docile et laborieuse, mais un Etat faible, par suite de l'espérance qu'un développement excessif et exclusif de vaine qu'il a nourrie de le ramener, à force l'esprit communal a rendue incapable de gou- de patience, à l'exécution de ses engage-vernement, supporte, tout le monde le sait, ments, par l'illusion qu'il a ene de croire avec peine le joug annamite: elle n'a pas perdu qu'une politique de ménagements était de le souvenir d'une indépendance qui n'a suc- quelque action sur ces peuples, notre politique, combé qu'au commencement de ce siècle, ni il faut l'avouer, a manqué de décision et d'es- d'une dynastie dont M. Delafosse nous invitait, tout à l'heure, à rechercher et dont il ne serait prit de saite. (Très bien ! très bien !) Je dis, messieurs, notre politiqus, je ne dis pent-être pas impossible en effet de trouver pas la volonté du Parlement; car je vous prie encore quelque représentant. Des insurrections de repasser dans vos souvenirs les différentes fréquentes, continuelles, dont la dernière ne discussions qui ont en lisu, soit ici et au Sé. remonte pas plus loin que 1872, témoignent de nat, soit à l'Assemblée nationale à propos l'antipathie profonde de ces populations pour da Tonkin, et vous verrez que les Cham- les Annamites. Tout cela suffirait à expliquer bres n'ont jamais varié qu'elles ont montré comment nous y avons été, presque dès la pre- dans ceste question une volonté suivie, per-mière heure, accueillis comme des libérateurs, Bévérante. Et cea discussions, si brillantes, quand même on ne saurait pas que cette popa- et dans lesquelles tout le monde reconnaitra lation est accablée par les exactions des man- que M. Georges l'erin a pris une part #88en- darios, aussi bien que par les coupa de main ielle, ces discussions dans lesquelles tous les des brigands. points de vue ont été examinés, le climat, les Année 1883 partie de la population, des 400,000 cbrá, tiens, 800,000, selon d'autres évaluation... M. Paul Bert. 460,000, chiffre officiel de PUnivers. M. le ministre. .....qui n'ont peat-être pas été pour nous des auxiliaires aussi dévoués es aussi actifs qu'on l'a dit, mais, qu'en tons cas, la situation particulière qui leur est faite, l'interdit cruel dont ils sont frappés par les non-convertis, prédisposent à nous considérer comme des protecteurs. Voilà, messieurs, l'appui solide, presque indestructible que, si nous le voulions bien, nous trouverions au Tonkin. Mais, messieurs, cet appui contribue à ren. dre notre situation plus fausse, car ces 10 mil. lions d'hommes qui sollicitent notre action, notre protection, se demandent sans le com- prendre, comment nous supportons les ma- nœuvres occultes, les attaques déguisées et quelquefois ouvertes des Annamites. Il esL clair que cette situation ne saurait durer. Ii faut absolument y mettre un terme. DÉBATS PARLEMENTAIRES 262 46 Mai CHAMBRE 945 Année 1889 Tonkin, notre autorité n'aurait peut-être ja- devienne évident pour tout le monde que no- Eh bien, malgré les justes plaintes que mais été contestée dans la Cochinchine, mais tre présence au Tonkin, au Hen d'être momen- pous sommes au Tonkin depuis neuf ans, nous pouvons élever contre la conduite da tanée, que notre action, au lieu d'être inter- gouvernement d'Annam, malgré les viola- et croyez-vous que, si vous quittiez ce pays, mittente et passagère, revêtent un caractèretions, on peat le dire, presque innombrables cette retraite, témoignage éclatant aux yeux permanent et définitif. de ces populations, non pas de la prudence du traité de 1874, malgré les circonstances de votre politique, mais de votre faiblesse, d'affermir et non pas d'établir notre protecto Duc à se retirer, nous avons voulu, nous voa- Je dis, messieurs, que nous nous proposons qui ont décidé notre envoyé auprès de Ta- croyez-vous que cette retraite n'aurait pas en rat. C'est, qu'en effet, selon nous, noire pro- | lons tenter une dernièrs démarche auprès de Cochinchine un contre-coup prompt et formi-tectorat existe, il est incontestable - quoiqu'il lui, et nous avons choisi pour cela un homme dable? Ces populations iraient rapidement soit contesté, ja le reconnais, en vertu da qui nous était désigné par sa connaissance jusqu'à la conclusion la plus extrême, elles re traité de 1874. M. Delafosse vous a parlé du approfondie da Tonkin, par le long séjour conduiraient en conséquence; elles se diraient protectorat et vous en a signalé le caractère; qu'il y a fait, par les qualités personnelles que que, trop faibles pour conserver le Tonkin, il a dit que le protectorat devait être essen nul ne lui contests; nous n'avons vu, nous vous n'êtes plus anarx forts pour garder la tiellement volontaire de la part de l'Etat pro- n'avons voula voir que son intelligence, Cochinchine. (Applaudissements) tégé. ses lumières, za fermeté, son sang-froid. M. Georges Peria. Votre présence à Haï- Phong serait une marque de votre force. M. le ministre, Insuffisante! M. Georges Perin. Très suffisante. M. le ministre. Je ne doute en aucune fa çon que nous ne gardassions la Cochinchine; Par la retraite? Non, messieurs, personne, même dans ce cas, elle resterait en notre pos -pas même M. Georges Perin, n'arrive session; mais je dis qu'alors, pour restaurer cette extrémité. Tout le monde sent que, eï: notre autorité, pour reconquérir notre ascen l'on peut varier sur les autres solutions, il y dant, il faudrait plus de dépenses et plus d'ef- en a une qu'il faut absolument exclure; forts que pour exécuter le projet qui vous est faut l'écarter parce que ni l'intérêt, ni Phon-omis et pour vous asseoir définitivement au near, ni même la plus simple prudence na Tonkin. (Très bien très bien!) nous permettent de nous y arrêter. (Très bien ! Messieurs, la Chambre appréciera les mo. très bien () tils pour lesquels nous nous sommes déter minés, Je voudrais maintenant, en aussi peu de mots que possible, répondre à la question que m'a posée l'honorable M. Georges Perin et définir la portée et la signification du projet coumis à la Chambre. | L'intérêt frappe tous les yeux et il est évident que si nous nous retirions du Tonkin, il y a, n'en doutez pas, des héritiers tout prêts... (Très bien ! C'est cela! Applaudisse ments à gauche et au centre) qui épient le moment où, par je ne sais quel faux calcul, vous abandonneriez la situation que vous Je n'hésite pas, messieurs, à répéter, malgré avez prise, (Très bien ! très bien () d'ai parlé les doutes exprimés par M. Georges Perin, de l'honneur, et je n'entends pas par laque, s'il s'agit bien en effet d'une expédition, gloriole qui consiste à s'entéter dans une en- il faut bien le reconnaître, il ne saurait être treprise malencontrense; je ne parle pas même question d'une conquête, non! et par une de l'honneur plus sérieux qui consiste raison bien simple que M. Georges Perin ap- exiger l'exécution des engagements qu'on préciera : c'est qu'il n'y a rien à conquérir pris avec nous; je parle de l'honneur qui con- chez un peuple tout le monde nous est siste à remplir les obligations qu'on a con- jami, nous n'avons d'adversaires que des tractées soi-même; or, ces obligations, vous fonctionnaires étrangers -car les mandarins les avez prises en vous établissant au Tonkin januamites sont au Tonkin des fonctionnai- envers ceite population qui sollicite votre acres étrangers et leurs singuliers auxiliaires, tion et qui vous soutient. Vous ne pouvez pas les Pavillons noirs. vous retirer sans la livrer le même jour à i Nous n'avons rien à conquérir dans un pays vengeance des mandarins qui n'attendent queans force militaire sérieuse et que nous n'a- le moment de votre retraité pour punir cette vons pas l'intention de nous annexer. Nous n'entreprenons même pas, l'entre- population des sympathies obstinées qu'elle a toujours montrées pour vous. (Applaudisse prise serait considérable, de faire la police ments à gauche.) sur toute l'étendue de Tonkin, sur les 86.000 kilomètres carrés dont vous parlait M. Georges Perin... Et, messieurs, quand même l'intérêt, l'hon neur, ne vous commanderaient pas de restes au Tonkin, la plus simple prudence vous en ferait un devoir. Il n'y a aucun lien entre la Cochinchine et le Tonkin? M. Georges Perin ne le croit pas et l'autorité de M. l'amiral Jaureguiberry n parviendrait pas à l'en convaincre. Hen. - M. Georges Peria. Alors, vous n'exécute- rez pas le traité de 1874 ? la M. le ministre, Nous l'exécuterons, soyez- en súra, parce que nous avons l'espérance et croyance fondée qu'il y a d'autres moyens, et de plus sûrs qu'une police faite dans les M. Georges Pertu. Non, il n'y a aucun conditions nous sommes placés actuelle - ment, d'avoir raison du brigandage et de la M. le ministre. Voilà, messieurs, ving piraterie. Nous sommes assurés que le brigan ans que nous occupons trois de ces province, dage et la piratarie diminueront promptement, quinze ans que nous avons pris possession de moment l'on et l'autre ne zeront plus trois autres et notre autorité y est reconnue et favorisés et soldés par l'autorité elle-même. obéie; malgré les manoeuvres continuelles (Très bien ! très bien!) ininterrompues du gouvernement d'Anna dans la Cochinchine, malgré l'action hien com nne et toujours surveillée des sociétés secrète notre autorité n'a pas subi un échec. Les de parties les plus importantes de la population la Cochinchine : les Chinois qui détiennent commerce, les Annamites qui sont voues Pagriculture, quelque travailles qu'ils soient et quelque sympathie il faut bien l'avoue qu'ils aient conservée au roi Ta-Duc, o Nous avons même la pensée, et nous avons quelque raison de le dire, qu'une partie de ces brigands pourraient bien devenir quelque jour les auxiliaires et les instruments de notre police (Mouvements divers), et que cette transformation, qui s'est faite dans des pays plus avancés que le Tonkin, pourrait s'effectuer à pou de frais. Le protectorat n'est pas un fait nouveau; Il La mission, messieurs, est difficile; car, vous eat à peu près aussi ancien que l'histoire. Eh le voyez, nos relations avec la cour de Hué ne bien, il serait peut-être difficile de citer un sont pas bounes. La cour de Haé est. on peut gral cas il ait eu ce caractère volontaire le dire, à notre égard, non pas sur un pied da que M. Delafosse dit être de son essence. guerre, mais sur un pied d'hostilité. Elle a Le protectorat a été étudié par les théori- été l'ouvrière de toutes les moantenvres contre ciens; les règles, le caractère, les effets en sont lesquelles nous avons eu à nous prémunir; parfaitement connus. Parmi ces caractères, il c'est elle qui a réveillé les prétentions endor- en est un, selon moi, beaucoup plus frappant mies de la Chine; et cependant nous avons que M. Delafosse a oublié : c'est l'engagement cru qu'il était digne de nous, qu'il était cou- pris par l'Etat protégé de conformer sa politi- forme non seulement aux convenances, mais que étrangère à celle de l'état protecteur, à la justice, avant de prendre en nains et par ane conséquence immédiate, inévitable, d'une manière qui doit être cette fois efficace, de régler sa politique intérieure de manière à la défense de nos intérêts, de faire une éviter les complications. C'est là,, messiears, dernière démarche auprès de Ta-Dac; nous le vrai signe du protectorat, c'est par qu'il se avons cru que cela était de convenance et de reconnaît, c'est par que les auteurs, s'il faut justice, parce que, aprés tout et malgré les parler des auteurs, le aractérisent, le défi- faits militaires qui se sont accomplis au Toa- nissant. Eh bien, ce caractère, je le trouve pré-kin, nous n'estimons pas que nous soyons en guerre avec l'Annam. Nous avons cru que cisément dans l'article 3 da traité de 1874. Les droits inhérents au protectorat, indis- cela était gage, parce qu'il y aurait pour nous pensables pour maintenir l'ordre, pour préve- un intérêt véritable à n'agir, s'il était possible, an Tonkin, que de concert avec Ta-Dac nir les complications, pour exercer une tutelle effective, ces droits ne résultent donc pas, par et avec son assentiment. voie de conséquence, du traité de 1874; ils y sont inscrits de la manière la plus explicite. Seulement, je dois bien reconnaitre que la con- dnite du gouvernement de Hué a été telle, ses violations du traité de 1874 ont été si répé. tées et si continues que ce traité, ei clair qu'il soit, ne l'est pas encore assez....... Un membre à gauche. Il faut le refaire ! M. le ministre....et il est certain - je vous le disais tout à l'heure que, si nous avions, en temps opportun, rappelé dès les premières violations le gouvernement d'Annam à l'accomplissement de ses engagements, c'est- à-dire au sentiment de sa faiblesse; si nous lui avions fait comprendre, d'une manière ir refragable, qu'un traité conclu avec la France ne pouvait pas rester lettre morte, nous aurions ainsi prévenu bien des difficultés. Nous ne l'avons pas fait. Anssi nous sommes- nous trouvés dans la nécessité il y a déjà a3- sez longtemps, il y a plusieurs années -de de- mander un complément au traité de 1874; seulement, lorsque le Gouvernement s'est dé- cidé à cette démarche, il était déjà trop tard; notre voix n'était plus écoutée à Hae; on y avait pris le parti de ne plus entendre à rien. On avait conçu l'espérance -malheureuse- difficultés de toute espèce et de nous amener, ment assez fondée de nous fatiguer par des de guerre lasse, à une retraite définitive. Aussi, lorsque M. Reinhardt, notre envoyé à Haé, s'est présenté, porteur d'une couveu- tion complémentaire, on ne peut pas dire que : I a montré son ordre et n'a rien obtenu, car il n'a pas en à le montrer, il a été tenu à distance par les ministres, notamment par le ministre des finances de Ta-Duc, notre ennemi de tous les temps, et il n'est point parvenu à voir le souverain. Vous savez, messieurs, ce qui est arrivé, il y a quelques semaines, lors des derniers ict- dents militaires da Tonkin. M. Reinhardt, im- puissant depuis longtemps, menacé, exposé tous les jours à quelque injure qui eût grande th Messieurs, je ne sais pas si nous avons grande chance d'être cette fois mienx écoutés que nous ne l'avons été jusqu'à présent; peut- étre cette démarche ne sera-t-elle pas mieux accueillie à Bué, que les précédentes, moins toutefois que l'échec du coup de main tenté sur la forteresse d'Hanoi, que la prise de Nam-Dinh, que la résolution à laquelle nous nous sommes arrêtés et que, j'espère, vous voudrez bien ratifiar; à moins, dis-j, que cette attitude ne produise quelque fra. pression sur l'esprit de Ta-Dac, et cela n'est pas impossible. Nous n'avons pas voulu, en tous cas, appuyer cette démarche par une force militaire; nous ne l'avons pas voulu, messieurs, parce qu'une action accomplie à Hué n'a qu'un très faible effet sur le Toakin, le mandarins annamites agissent à lear guise et souvent sans consulter lear souve- rain, tandis que toute action au Tonkin a son contre-coup et son retentissement immédias à Hué. Nous ne l'avons pas voulu parce que, s'il fallait exercer quelque pression sur le gon- vernement de Hoé, nous avons, après tout, des moyens plus simples et plus sûrs de la faire sentir, étant possession du Tonkin, c'est-à-dire da grenier de l'Annam. (Très bien ! très bien !) Nous ne l'avons pas voulu enfin, pour ne pas fournir prétexte à une accusation que nous repoussons; celle de vouloir porter atteinte à l'indépendance de l'Annam. (Rumeurs sur di- vers bancs.) Ja die l'indépendance, messieurs, parce que, si le protectorat, réduit dans quel- que mesure la souveraineté, il réserve l'indo- pendance. Les preuves en seraient nom- breuses; je vous prie de vous rappeler seule- ment l'article fer du traité de 1815, qui plaçaia lea iles Ioniennes sous la protection immédiate du roi de la Grande-Bretagne. Get article dit en termes formals: Les sept iles forment un Etat libre et indépendant. » Un membre à droite, Comme aujourd'hui la Tunisie ! Messieurs, ce que nous voulons, ce que nous proposons, c'est d'affermir, de manière à su résister à toutes les excitations et a'abstenie rendre incontestable et efficace, notre pro- de toute velléité de résistance; ils s'en so lectorat dana l'Annam, et tout particulière- abstenus parce qu'ils nous savent forts. Ament au Tonkin. Nous croyous qu'il sulfira Tout cela, messieurs, sans parler d'une autre vérité, si nous n'avions jamais mis le pied pour cela que nous en ayous la volonté, et ment aggravé la situation, s'est retiré avec la cela ne nous dispensera point d'agir auf Haé que nous la manifestions de telle façon qu'il [ légation, M. le ministro. Messieurs, quel que soit d'ailleurs le succès de notre démarche à C'est qu'il importe de rassurer nos amis et
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944 16 Mai [CHAMBRE]

Le traité de 1874 avait pour principal objet de donner au gouvernement d'Annam les moyens de maintenir, avec notre concours, l'ordre et la tranquillité dans ses Etats, notamment contre les brigands si connus sous le nom de Pavillons Noirs. Eh bien! messieurs, il est au- jourd'hui établi, par les témoignages les plus certains, par l'aveu même des ministres du roi Ta-Duc, que c'est lui-même qui entretient à sa solde les Pavillons-Noirs, que nous étions chargés de l'aider à réprimer.

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DEBATS PARLEMENTAIRES

ressources commerciales, les voies de commu- nication, l'esprit des populations, les compli cations possibles, où toutes les difficultés ont été présentées avec force, où toutes les objec tions ont été soulevées, ces discussions, il faut le reconnaître, donnent un singulier re- lief, une valeur bien remarquable, à des vo- lontés si persistantes et si éclairées. (Très bien! très bien !)

Mais, messieurs, il faut reconnaître que si les volontés n'ont pas varið, il n'en a pas été de même de la politique. Là, il a régné une | trop grande et une trop longue incertitude.

Le traité de 1874 avait un autre objat, c'é- tait d'établir la parfaite indépendance de l'An- nam à l'égard de toute autre puissance. Il est

Nous avons commencé par quitter le Ton avéré aujourd'hui, il est evident, il est patentkin, sans raison, et cette retraite inexplicable, que c'est le gouvernement d'Annam lui-même, suivie d'événements déplorables, a laissé dans que c'est le roi Ta Dae qui a réveillé les pré- tous les esprits, chez ceux qui nous étaient hos- tentions assoupies de la Chine; qui entretient

tiles comme chez ceux qui nous étaient favora- avec elle des manoeuvres, des intelligences bles, une traca durable. Nous avons montré une dont le but est de faire naître entre elle et patience inépuisable en face de toutes les viola nous des démêlés qui n'ont absolument aucune

tions du traité de 1874, de l'oubli le plus for- raison d'être.

mel des engagements, et cette patience, cette De là, messieurs, la situation dans laquelle longanimité ont en l'effet qu'elles devalent nous nous trouvons, sitration que M. Dela-avoir, elles ont encouragé le gouvernement fosse, aussi bien que M. Georges Perin, ont, d'Annam. avec grande raison, déclarée fausse, pénible, intolérable.

Que sommes-nous au Tonkin? Sommes- nous les amis ou les adversaires du roi d'An- nam? Semmes-nous des protecteurs ou bien des barbares avec lesquels on a traité par force et dont il faut se débarrasser à tout prix? Le traité de 1874 subsiste-t-il encore on bien n'en reste-t-il que des lambeaux sans valeur ? Voilà ce que l'on se demande dans tout l'Orient, ce qu'on se demande en Chine, ce qu'on se demande dans le royaume d'Annam. Voilà la question qu'on se pose en Europe où il règne une fâcheuse incertitude sur nos desseins, el où cette incertitude donne lieu à des com- mentaires, à des interprétations et à des pré- visions qui ne sont pas, on est bien forcé d'en convenir, profitables à notre crédit.(Très bien très bien ! et vifs applaudissements.)

Aussi, est-il arrivé ce qui devait arriver: c'est qu'au joor, nous avons été obligès, -ça a été le sentiment de la Chambre, fors- qu'elle a voté le projet du mois de juillet 1881, ça a été aussi le sentiment du Gouvernement, de prendre enfin des mesures pour que notre intervention au Tonkin devint quelque peu efficace.

Vous savez, messieurs, ce qui est advenu. Le commandant Rivière est allé au Tonkin, à la tête d'une petite force, animé d'intentions pacifiques comme les ordres qu'il avait reçus. jusqu'au moment où, injurié, nenacé, outragé dans des placards affichés jusque sur sa de- meure, il a été obligă de se saisir par la force de la forteresse d'Hanoi, puis il l'a démantelée et, usant d'an procédé qui n'a jamais réussi avec ces populations, il l'a rendue. De là une nouvelle audace, un surcroît de provocations, d'injures et d'attaques, jusqu'au jour où, me- nacé de se voir couper les communications qu'il avait avec la mér, îl a dû, il y a cinq ou six semaines, s'emparer de la forteresse de Nan-Dinh et repousser une attaque dirigée contre la forteresse de Hanoi. A l'heure qu'i est, nos garnisons maitresses des points où elles étaient menacées comme de caux dont elles ont cru devoir se saisir, sont en par- faite sûreté.

Messieurs, le gouvernement d'Annam, mal- gré le traité de 1874, malgré des protestations dont il s'est toujours montré prodigne, mal- gré sa faiblesse militaire, est parvenu — et c'est pour lui un honneur auquel il ne s'at- tendait pas à nous tenir en échec.

L'amour propre blessé, qui est un ressort d'une singulière puissance chez ces peuples, ne l'oublions pas, la haine du barbare et le barbare c'est nous, ce sont tous les Européens, - le regret de voir échapper à sa puissance

Mais il est clair qu'une pareille situation ne une population qu'on est accoutumé à pressurer, ce sont là, messieurs, des sentiments auxquels peut durer, surtout si vous considérez que, fausse nous devious nous attendre; mais ces senti- à l'égard de l'Annam, elle est plus fausse en- ments, quelque naturels qu'ils soient chez core, s'il est possible, à l'égard de la popula- tion da Tonkin. Cette population nous a ac- les Annamites, fort capables de maneuvres hostiles, moins capables d'une action guer- cueillis, il y a neufans, avec une confiance dont rière, ne suffisent pas à expliquer notre sitaa-elle a été cruellement punie, que les événements qui se sont succédé, que l'inconsistance visible tion actuelle.

de notre politique auraient dû ébranler et qui subsiste toujours. (Très bien ! très bien !)

|

Cette situation, messieurs, s'explique par une autre cause: c'est que par suite des égards que le gouvernement français a cra devour Cette population docile et laborieuse, mais un Etat faible, par suite de l'espérance qu'un développement excessif et exclusif de vaine qu'il a nourrie de le ramener, à force l'esprit communal a rendue incapable de gou- de patience, à l'exécution de ses engage-vernement, supporte, tout le monde le sait, ments, par l'illusion qu'il a ene de croire avec peine le joug annamite: elle n'a pas perdu qu'une politique de ménagements était de le souvenir d'une indépendance qui n'a suc- quelque action sur ces peuples, notre politique, combé qu'au commencement de ce siècle, ni il faut l'avouer, a manqué de décision et d'es- d'une dynastie dont M. Delafosse nous invitait, tout à l'heure, à rechercher et dont il ne serait prit de saite. (Très bien ! très bien !)

Je dis, messieurs, notre politiqus, je ne dis pent-être pas impossible en effet de trouver pas la volonté du Parlement; car je vous prie encore quelque représentant. Des insurrections de repasser dans vos souvenirs les différentes fréquentes, continuelles, dont la dernière ne discussions qui ont en lisu, soit ici et au Sé.

remonte pas plus loin que 1872, témoignent de nat, soit à l'Assemblée nationale à propos l'antipathie profonde de ces populations pour da Tonkin, et vous verrez que les Cham- les Annamites. Tout cela suffirait à expliquer bres n'ont jamais varié qu'elles ont montré comment nous y avons été, presque dès la pre- dans ceste question une volonté suivie, per-mière heure, accueillis comme des libérateurs, Bévérante. Et cea discussions, si brillantes, quand même on ne saurait pas que cette popa- et dans lesquelles tout le monde reconnaitra lation est accablée par les exactions des man- que M. Georges l'erin a pris une part #88en-

darios, aussi bien que par les coupa de main ielle, ces discussions dans lesquelles tous les des brigands. points de vue ont été examinés, le climat, les

Année 1883

partie de la population, des 400,000 cbrá, tiens, 800,000, selon d'autres évaluation...

M. Paul Bert. 460,000, chiffre officiel de PUnivers.

M. le ministre. .....qui n'ont peat-être pas été pour nous des auxiliaires aussi dévoués es aussi actifs qu'on l'a dit, mais, qu'en tons cas, la situation particulière qui leur est faite, l'interdit cruel dont ils sont frappés par les non-convertis, prédisposent à nous considérer comme des protecteurs. Voilà, messieurs, l'appui solide, presque indestructible que, si nous le voulions bien, nous trouverions au Tonkin.

Mais, messieurs, cet appui contribue à ren. dre notre situation plus fausse, car ces 10 mil. lions d'hommes qui sollicitent notre action, notre protection, se demandent sans le com- prendre, comment nous supportons les ma- nœuvres occultes, les attaques déguisées et quelquefois ouvertes des Annamites. Il esL clair que cette situation ne saurait durer. Ii faut absolument y mettre un terme.

DÉBATS PARLEMENTAIRES

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46 Mai

CHAMBRE 945

Année 1889

Tonkin, notre autorité n'aurait peut-être ja- devienne évident pour tout le monde que no- Eh bien, malgré les justes plaintes que mais été contestée dans la Cochinchine, mais tre présence au Tonkin, au Hen d'être momen- pous sommes au Tonkin depuis neuf ans,

nous pouvons élever contre la conduite da tanée, que notre action, au lieu d'être inter- gouvernement d'Annam, malgré les viola- et croyez-vous que, si vous quittiez ce pays, mittente et passagère, revêtent un caractèretions, on peat le dire, presque innombrables cette retraite, témoignage éclatant aux yeux permanent et définitif. de ces populations, non pas de la prudence

du traité de 1874, malgré les circonstances de votre politique, mais de votre faiblesse, d'affermir et non pas d'établir notre protecto Duc à se retirer, nous avons voulu, nous voa- Je dis, messieurs, que nous nous proposons qui ont décidé notre envoyé auprès de Ta- croyez-vous que cette retraite n'aurait pas en

rat. C'est, qu'en effet, selon nous, noire pro- | lons tenter une dernièrs démarche auprès de Cochinchine un contre-coup prompt et formi-tectorat existe, il est incontestable - quoiqu'il lui, et nous avons choisi pour cela un homme dable? Ces populations iraient rapidement

soit contesté, ja le reconnais, en vertu da qui nous était désigné par sa connaissance jusqu'à la conclusion la plus extrême, elles re

traité de 1874. M. Delafosse vous a parlé du approfondie da Tonkin, par le long séjour conduiraient en conséquence; elles se diraient

protectorat et vous en a signalé le caractère; qu'il y a fait, par les qualités personnelles que que, trop faibles pour conserver le Tonkin, il a dit que le protectorat devait être essen nul ne lui contests; nous n'avons vu, nous vous n'êtes plus anarx forts pour garder la tiellement volontaire de la part de l'Etat pro-

n'avons voula voir que son intelligence, Cochinchine. (Applaudissements)

tégé.

ses lumières, za fermeté, son sang-froid.

M. Georges Peria. Votre présence à Haï- Phong serait une marque de votre force.

M. le ministre, Insuffisante!

M. Georges Perin. Très suffisante. M. le ministre. Je ne doute en aucune fa çon que nous ne gardassions la Cochinchine; Par la retraite? Non, messieurs, personne, même dans ce cas, elle resterait en notre pos -pas même M. Georges Perin, n'arrive session; mais je dis qu'alors, pour restaurer cette extrémité. Tout le monde sent que, eï: notre autorité, pour reconquérir notre ascen l'on peut varier sur les autres solutions, il y dant, il faudrait plus de dépenses et plus d'ef- en a une qu'il faut absolument exclure; forts que pour exécuter le projet qui vous est faut l'écarter parce que ni l'intérêt, ni Phon-omis et pour vous asseoir définitivement au near, ni même la plus simple prudence na Tonkin. (Très bien très bien!) nous permettent de nous y arrêter. (Très bien ! Messieurs, la Chambre appréciera les mo. très bien ()

tils pour lesquels nous nous sommes déter minés,

Je voudrais maintenant, en aussi peu de mots que possible, répondre à la question que m'a posée l'honorable M. Georges Perin et définir la portée et la signification du projet coumis à la Chambre.

|

L'intérêt frappe tous les yeux et il est évident que si nous nous retirions du Tonkin, il y a, n'en doutez pas, des héritiers tout prêts... (Très bien ! C'est cela! Applaudisse ments à gauche et au centre) qui épient le moment où, par je ne sais quel faux calcul, vous abandonneriez la situation que vous

Je n'hésite pas, messieurs, à répéter, malgré avez prise, (Très bien ! très bien () d'ai parlé les doutes exprimés par M. Georges Perin, de l'honneur, et je n'entends pas par là laque, s'il s'agit bien en effet d'une expédition, gloriole qui consiste à s'entéter dans une en- il faut bien le reconnaître, il ne saurait être treprise malencontrense; je ne parle pas même question d'une conquête, non! et par une de l'honneur plus sérieux qui consiste raison bien simple que M. Georges Perin ap- exiger l'exécution des engagements qu'on préciera : — c'est qu'il n'y a rien à conquérir pris avec nous; je parle de l'honneur qui con- chez un peuple où tout le monde nous est siste à remplir les obligations qu'on a con- jami, où nous n'avons d'adversaires que des tractées soi-même; or, ces obligations, vous fonctionnaires étrangers -car les mandarins les avez prises en vous établissant au Tonkin januamites sont au Tonkin des fonctionnai- envers ceite population qui sollicite votre acres étrangers et leurs singuliers auxiliaires, tion et qui vous soutient. Vous ne pouvez pas les Pavillons noirs. vous retirer sans la livrer le même jour à i

Nous n'avons rien à conquérir dans un pays vengeance des mandarins qui n'attendent queans force militaire sérieuse et que nous n'a- le moment de votre retraité pour punir cette vons pas l'intention de nous annexer.

Nous n'entreprenons même pas, l'entre- population des sympathies obstinées qu'elle a toujours montrées pour vous. (Applaudisse prise serait considérable, de faire la police ments à gauche.)

sur toute l'étendue de Tonkin, sur les 86.000 kilomètres carrés dont vous parlait M. Georges Perin...

Et, messieurs, quand même l'intérêt, l'hon neur, ne vous commanderaient pas de restes au Tonkin, la plus simple prudence vous en ferait un devoir.

Il n'y a aucun lien entre la Cochinchine et le Tonkin? M. Georges Perin ne le croit pas et l'autorité de M. l'amiral Jaureguiberry n parviendrait pas à l'en convaincre.

Hen.

-

M. Georges Peria. Alors, vous n'exécute- rez pas le traité de 1874 ?

la

M. le ministre, Nous l'exécuterons, soyez- en súra, parce que nous avons l'espérance et croyance fondée qu'il y a d'autres moyens, et de plus sûrs qu'une police faite dans les M. Georges Pertu. Non, il n'y a aucun conditions où nous sommes placés actuelle - ment, d'avoir raison du brigandage et de la M. le ministre. Voilà, messieurs, ving piraterie. Nous sommes assurés que le brigan ans que nous occupons trois de ces province, dage et la piratarie diminueront promptement, quinze ans que nous avons pris possession de moment où l'on et l'autre ne zeront plus trois autres et notre autorité y est reconnue et favorisés et soldés par l'autorité elle-même. obéie; malgré les manoeuvres continuelles (Très bien ! très bien!) ininterrompues du gouvernement d'Anna dans la Cochinchine, malgré l'action hien com nne et toujours surveillée des sociétés secrète notre autorité n'a pas subi un échec. Les de parties les plus importantes de la population la Cochinchine : les Chinois qui détiennent commerce, les Annamites qui sont voues Pagriculture, quelque travailles qu'ils soient et quelque sympathie il faut bien l'avoue qu'ils aient conservée au roi Ta-Duc, o

Nous avons même la pensée, et nous avons quelque raison de le dire, qu'une partie de ces brigands pourraient bien devenir quelque jour les auxiliaires et les instruments de notre police (Mouvements divers), et que cette transformation, qui s'est faite dans des pays plus avancés que le Tonkin, pourrait s'effectuer à pou de frais.

Le protectorat n'est pas un fait nouveau; Il La mission, messieurs, est difficile; car, vous eat à peu près aussi ancien que l'histoire. Eh le voyez, nos relations avec la cour de Hué ne bien, il serait peut-être difficile de citer un

sont pas bounes. La cour de Haé est. on peut gral cas où il ait eu ce caractère volontaire le dire, à notre égard, non pas sur un pied da que M. Delafosse dit être de son essence. guerre, mais sur un pied d'hostilité. Elle a Le protectorat a été étudié par les théori- été l'ouvrière de toutes les moantenvres contre ciens; les règles, le caractère, les effets en sont lesquelles nous avons eu à nous prémunir; parfaitement connus. Parmi ces caractères, il c'est elle qui a réveillé les prétentions endor- en est un, selon moi, beaucoup plus frappant mies de la Chine; et cependant nous avons que M. Delafosse a oublié : c'est l'engagement cru qu'il était digne de nous, qu'il était cou- pris par l'Etat protégé de conformer sa politi- forme non seulement aux convenances, mais que étrangère à celle de l'état protecteur,

à la justice, avant de prendre en nains et par ane conséquence immédiate, inévitable, d'une manière qui doit être cette fois efficace, de régler sa politique intérieure de manière à la défense de nos intérêts,

de faire une éviter les complications. C'est là,, messiears,

dernière démarche auprès de Ta-Dac; nous le vrai signe du protectorat, c'est par là qu'il se avons cru que cela était de convenance et de reconnaît, c'est par là que les auteurs, s'il faut justice, parce que, aprés tout et malgré les parler des auteurs, le aractérisent, le défi- faits militaires qui se sont accomplis au Toa- nissant. Eh bien, ce caractère, je le trouve pré-kin, nous n'estimons pas que nous soyons en guerre avec l'Annam. Nous avons cru que cisément dans l'article 3 da traité de 1874.

Les droits inhérents au protectorat, indis-

cela était gage, parce qu'il y aurait pour nous pensables pour maintenir l'ordre, pour préve-

un intérêt véritable à n'agir, s'il était possible, an Tonkin, que de concert avec Ta-Dac nir les complications, pour exercer une tutelle effective, ces droits ne résultent donc pas, par

et avec son assentiment. voie de conséquence, du traité de 1874; ils y sont inscrits de la manière la plus explicite. Seulement, je dois bien reconnaitre que la con- dnite du gouvernement de Hué a été telle, ses violations du traité de 1874 ont été si répé. tées et si continues que ce traité, ei clair qu'il soit, ne l'est pas encore assez.......

Un membre à gauche. Il faut le refaire ! M. le ministre....et il est certain - je vous le disais tout à l'heure que, si nous avions, en temps opportun, rappelé dès les premières violations le gouvernement d'Annam à l'accomplissement de ses engagements, c'est- à-dire au sentiment de sa faiblesse; si nous lui avions fait comprendre, d'une manière ir refragable, qu'un traité conclu avec la France ne pouvait pas rester lettre morte, nous aurions ainsi prévenu bien des difficultés.

Nous ne l'avons pas fait. Anssi nous sommes- nous trouvés dans la nécessité — il y a déjà a3- sez longtemps, il y a plusieurs années -de de- mander un complément au traité de 1874; seulement, lorsque le Gouvernement s'est dé- cidé à cette démarche, il était déjà trop tard; notre voix n'était plus écoutée à Hae; on y avait pris le parti de ne plus entendre à rien. On avait conçu l'espérance -malheureuse- difficultés de toute espèce et de nous amener, ment assez fondée de nous fatiguer par des de guerre lasse, à une retraite définitive.

Aussi, lorsque M. Reinhardt, notre envoyé à Haé, s'est présenté, porteur d'une couveu- tion complémentaire, on ne peut pas dire que :

I a montré son ordre et n'a rien obtenu,

car il n'a pas en à le montrer, il a été tenu à distance par les ministres, notamment par le ministre des finances de Ta-Duc, notre ennemi de tous les temps, et il n'est point parvenu à

voir le souverain.

Vous savez, messieurs, ce qui est arrivé, il y a quelques semaines, lors des derniers ict- dents militaires da Tonkin. M. Reinhardt, im- puissant depuis longtemps, menacé, exposé tous les jours à quelque injure qui eût grande

th

Messieurs, je ne sais pas si nous avons grande chance d'être cette fois mienx écoutés que nous ne l'avons été jusqu'à présent; peut- étre cette démarche ne sera-t-elle pas mieux accueillie à Bué, que les précédentes, moins toutefois que l'échec du coup de main tenté sur la forteresse d'Hanoi, que la prise de Nam-Dinh, que la résolution à laquelle nous nous sommes arrêtés et que, j'espère, vous voudrez bien ratifiar; à moins, dis-j, que cette attitude ne produise quelque fra. pression sur l'esprit de Ta-Dac, et cela n'est pas impossible. Nous n'avons pas voulu, en tous cas, appuyer cette démarche par une force militaire; nous ne l'avons pas voulu, messieurs, parce qu'une action accomplie à Hué n'a qu'un très faible effet sur le Toakin, où le mandarins annamites agissent à lear guise et souvent sans consulter lear souve- rain, tandis que toute action au Tonkin a son contre-coup et son retentissement immédias à Hué. Nous ne l'avons pas voulu parce que, s'il fallait exercer quelque pression sur le gon- vernement de Hoé, nous avons, après tout, des moyens plus simples et plus sûrs de la faire sentir, étant eà possession du Tonkin, c'est-à-dire da grenier de l'Annam. (Très bien ! très bien !)

Nous ne l'avons pas voulu enfin, pour ne pas fournir prétexte à une accusation que nous repoussons; celle de vouloir porter atteinte à l'indépendance de l'Annam. (Rumeurs sur di- vers bancs.) Ja die l'indépendance, messieurs, parce que, si le protectorat, réduit dans quel- que mesure la souveraineté, il réserve l'indo- pendance. Les preuves en seraient nom- breuses; je vous prie de vous rappeler seule- ment l'article fer du traité de 1815, qui plaçaia lea iles Ioniennes sous la protection immédiate du roi de la Grande-Bretagne. Get article dit en termes formals: Les sept iles forment un Etat libre et indépendant. »

Un membre à droite, Comme aujourd'hui la Tunisie !

Messieurs, ce que nous voulons, ce que nous proposons, c'est d'affermir, de manière à su résister à toutes les excitations et a'abstenie rendre incontestable et efficace, notre pro- de toute velléité de résistance; ils s'en so lectorat dana l'Annam, et tout particulière- abstenus parce qu'ils nous savent forts. Ament au Tonkin. Nous croyous qu'il sulfira Tout cela, messieurs, sans parler d'une autre † vérité, si nous n'avions jamais mis le pied pour cela que nous en ayous la volonté, et ment aggravé la situation, s'est retiré avec la cela ne nous dispensera point d'agir auf Haé

que nous la manifestions de telle façon qu'il [ légation,

M. le ministro. Messieurs, quel que soit d'ailleurs le succès de notre démarche à C'est là qu'il importe de rassurer nos amis et

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